NesBlog
Mes chers contemporains – La pensée 68

Mes chers contemporains – La pensée 68

Flattr this

 
Ajouter un commentaire

Commentaires (34)

  1. Dean jeudi - 04 / 02 / 2016 Répondre

    ça me fait penser à un texte de Nietzsche, nommé l’avenir de la science. Qui complète bien ton propos Usul :
     » La science donne à celui qui y consacre son travail et ses recherches beaucoup de satisfaction, à celui qui en apprend les résultats, fort peu. Mais comme peu à peu toutes les vérités importantes de la science deviennent ordinaires et communes, même ce peu de satisfaction cesse d’exister : de même que nous avons depuis longtemps cessé de prendre plaisir à connaître l’admirable Deux fois deux font quatre. Or,si la science procure par elle-même toujours de moins en moins de plaisir, et en ôte toujours de plus en plus, en rendant suspects la métaphysique, la religion et l’art consolateurs : il en résulte que se tarit cette grande source du plaisir, à laquelle l’homme doit presque toute son humanité. C’est pourquoi une culture supérieure doit donner à l’homme un cerveau double, quelque chose comme deux compartiments du cerveau, pour sentir, d’un côté, la science, de l’autre, ce qui n’est pas la science : existant côte à côte, sans confusion, séparables, étanches : c’est là une condition de santé. Dans un domaine est la source de force, dans l’autre le régulateur : les illusions, les préjugés, les passions doivent servir à échauffer, l’aide de la science qui connaît doit servir à éviter les conséquences mauvaises et dangereuses d’une surexcitation. — Si l’on ne satisfait point à cette condition de la culture supérieure, on peut prédire presque avec certitude le cours ultérieur de l’évolution humaine : l’intérêt pris à la vérité cessera à mesure qu’elle garantira moins de plaisir ; l’illusion, l’erreur, la fantaisie, reconquerront pas à pas, parce qu’il s’y attache du plaisir, leur territoire auparavant occupé : la ruine des sciences, la rechute dans la barbarie est la conséquence prochaine ; de nouveau l’humanité devra recommencer à tisser sa toile, après l’avoir, comme Pénélope, détruite pendant la nuit. Mais qui nous est garant qu’elle en retrouvera toujours la force ? »

    • Ecervele jeudi - 04 / 02 / 2016 Répondre

      +3↑↑↑↑↑….↑↑↑3^3↑↑↑↑…..↑↑↑3^3↑↑↑…..↑↑↑↑3^ […]^3

      • Lliane lundi - 22 / 02 / 2016 Répondre

        Ça fait beaucoup dit donc autant de puissances itérées de Knuth.

        Sinon super extrait.
        Toujours aussi passionnant ce cher Friedrich !

        Et vidéo aux petits oignons.
        Avec la conf’ vulgarizators et celle-ci voilà une fort belle manière de faire découvrir la richesse de la « culture web ».

  2. Kitsune-Dono jeudi - 04 / 02 / 2016 Répondre

    Jusqu’où iras tu Usul ? Bien meilleur encore que les précédents… Je suis franchement épaté par la fluidité et la clarté de cet épisode. On sait toujours où tu vas mais on est ravi de te voir prendre les devants, de nous montrer la voie. C’est franchement toujours un plaisir de découvrir un nouvel épisode et je suis ravi d’entendre pour la première fois parler de sociologues ou d’économistes que je ne connaissais alors pas. Merci encore Usul et, sil te plait, continue comme ça, ton travail devrait être du domaine publique 😀 ^^

    • Ota lundi - 08 / 02 / 2016 Répondre

      « ton travail devrait être du domaine publique »

      Tu veux peut-être dire que ces vidéos sont d’utilité publique ? Non parce-que « domaine publique » ça va le faire bondir notre Usul. Le priver de son droit à la propriété intellectuelle, désapproprier ses vidéos magnifiques en biens communs c’est violent 😉

      • Kitsune-Dono mardi - 09 / 02 / 2016 Répondre

        MDR !! Oui, tu n’as pas totalement tord ^^ Enfin, t’as bien compris 😀
        PS : tu m’as tué là, j’en ris encore

  3. MattBab jeudi - 04 / 02 / 2016 Répondre

    Rattacher Bourdieu au structuralisme c’est un peu osé quand même, vu qu’il est l’un des premiers avoir sérieusement remis en cause sa domination sans partage dans le champ des sciences sociales.

    C’est lui qui disait de Levi-Strauss qu’il (je cite ) « se plaçait d’un point de vue objectiviste, celui de Dieu le Père regardant les acteurs sociaux comme des marionnettes dont les structures seraient les fils » ; pour dénoncer justement l’idée que les individus ne seraient que « agis » par les structures, niant par là leurs stratégies et leurs choix.

    • Bob vendredi - 05 / 02 / 2016 Répondre

      On peut le rattacher à plein de truc (et notamment au structuralisme, même s’il est critique) : c’est à la fois un homme qui part du terrain (genre Malinowski), et des structures, avec un bon apport de la philo et j’en passe. Ceci explique sans doute pourquoi il a réussi à faire une théorie générale, et qu’il est globalement incontournable.

      • MattBab vendredi - 05 / 02 / 2016 Répondre

        Il a commencé sa carrière comme structuraliste, car c’était un mode de pensée dominant dans le champ des sciences sociales à cette époque. Mais il s’en est fortement éloigné par la suite et à nourri sa critique (voir « Choses dites » et l’introduction de « Langage et pouvoir symbolique »). Ça ne veut certes pas dire qu’il dénonce le structuralisme comme une imposture mais qu’il le critique autant qu’il reconnaît son importance à un moment donné de l’évolution des sciences sociales, d’une façon toute dialectique. Bref, un peu léger pour le ranger dans la case structuraliste à mon avis.

        Qu’il parte du terrain, oui, qu’il ait fait une « théorie générale », pas à ma connaissance (dans quel livre?). Je l’ai plutôt lu critiquer sévèrement ce genre de prétentions chez les universitaires et les philosophes, préférant construire des outils théoriques divers et circonstanciés.

        • Nouplifo samedi - 06 / 02 / 2016 Répondre

          Très sympa la vidéo. Pour le coté rions de la propagandes des autres et gobons celle qu’on nous sert, on est actuellement en plein dedans.
          Ce qui est marrant c’est que les dominants ne pensent jamais à cette idée de « l’excuse sociologique » pour eux-mêmes : une méchant capitaliste n’est pas un vautours sans cœur mais un agent social déterminés par sa place au seins de structure de pouvoir.

          Parce que oui, Bourdieu reste un structuraliste qui laisse peu de place à la liberté d’action des acteurs sociaux (y a bien des stratégies mais elles sont conditionnées à la positions sociales…).
          Par contre pour le terrain on repassera, a part au début en Kabylie et, dans une certaines mesure « La misère du monde », on trouve pas de terrain chez lui.
          Mais sa sociologie de la domination, sans être « générale » à quand même une certaine ampleur. Parfois justement trop pour voir que faire contre la reproduction des rapports de dominations. Autant il a produit une théorie de la domination, autant il n’a rien fourni au niveau émancipation.
          Au mieux les dominés feraient bien de lire de la sociologie pour se défaire de leurs illusions, de la naturalisation du social.
          Là dessus Boltanski (qui a été dans l’écurie de Bourdieu) se différencie en passant de la « sociologie critique » (qui dévoile) à la « sociologie de la critique » qui analysent comment les acteur sociaux produisent de la critique et n’ont rien à envier aux sociologues au niveau des illusions.

          Sur un autre plan, je trouve dommage de réduire la « pensée 68 » à sa définition par ses adversaires. Finalement tout ça n’a que peu à voir avec les pensées qui ont émergées au travers et après mai 68.

          Bref, désolé pour le laïus.
          Bonne nuit.

  4. José vendredi - 05 / 02 / 2016 Répondre

    Vous acharnez pas les gars, Usul ne débat pas.

    • Tyran samedi - 06 / 02 / 2016 Répondre

      Non, car du débat nait la remise en question.

      • Kitsune-Dono dimanche - 07 / 02 / 2016 Répondre

        Dire que Usul ne se remet pas en question, c’est de la présomption pure et dure. Et peut être même de la mauvaise foi.
        Pourquoi ferait-il preuve de ses doutes et scrupules dans une vidéo ? Dont il n’est absolument pas le centre d’intérêt ?
        Et qu’est-ce qui te permet de penser que quelqu’un qui conteste le cours normal des choses (faute de meilleure formulation :s ) n’est pas fréquemment amené à se remettre en question ?
        Il est tout au plus déconseillé de montrer ses doutes, mais je doute que quelqu’un de rigoureux comme Usul s’épargne l’auto-critique. Simple présomption… 🙂

        • Hydro Bob-omb dimanche - 07 / 02 / 2016 Répondre

          Surtout qu’Usul s’est bien remis en question suite à la vidéo sur Chouard, face aux critiques qui lui ont été adressées. Certains lui ont même dit qu’il n’aurait pas dû « céder » aussi facilement face à ces critiques.

          Complètement malhonnête et marque d’inculture de dire le contraire donc.

          • José lundi - 22 / 02 / 2016

            @Kitsune-dono : Je ne parle pas de débat dans ses vidéos, mais dans les commentaires, là où on parle en ce moment même. Et puis il ne conteste pas le cours de chose, je dirais qu’au contraire il surf sur la vague.

            @Hydro Bob-omb : ah ça c’est sur il a changé d’avis parceque sa copine lui a tirée l’oreille, mais je n’appelle pas ça un débat, plutôt de la soumission.

            Quand je dis qu’il ne débat pas c’est parcequ’il ne débat pas avec son public. Public qu’il considère lui même comme un poid (il le dis dans arrêt sur image).

  5. dyksa samedi - 06 / 02 / 2016 Répondre

    Je me pose une question, peut-être stupide, mais dire qu’un individu et ses comportements sont la résultante de pressions extérieures (notamment de la société) n’est ce pas, du moins en partie, nier le libre-arbitre de chaque individu ?

    • grrrz samedi - 06 / 02 / 2016 Répondre

      c’est pas une question stupide, c’est une des questions à 1 million en philo, et c’est ce que reprochent sans aucune nuance à la sociologie les tenants de l’ordre moral pris en exemple dans la vidéo, en voulant expliquer les les actes par les causes extérieures aux individus, on leur enlèverait leur libre abritre et donc leur responsabilité.
      Certains philosophes considèrent que l’univers est entièrement déterminé, ça les empêche pas de parler de liberté, et le degré de liberté qu’on aurait serait précisément la connaissance des causes qui nous déterminent, des causes qui déterminent ces causes, etc… (Spinoza, pour ne pas le nommer; jusqu’à la connaissance intuitive et immédiate des corps, les « essences singulières », soit la connaissances du 3e genre)
      cf aussi la video de Usul sur Lordon

    • MattBab samedi - 06 / 02 / 2016 Répondre

      Une action peut être la résultante de plusieurs causes différentes qui se croisent, et parfois entrent en contradiction.

      Les explications mono-causales sont très réductrices, surtout dans le domaine des sciences sociales. Et beaucoup de sociologues, et en particulier Bourdieu contre les structuralistes, ont tenus à souligner la multiplicité des causes et parmi elles les stratégies et les choix des acteurs (et donc une forme de libre arbitre). Les déterminations sociales agissent, mais d’une façon que l’on ne comprend pas toujours, et parfois se neutralisent. Ce qui fait que au sein des déterminismes il existent des interstices de libres arbitre, de choix de créations intellectuelles, etc… C’est d’ailleurs le lieu par excellence de la politique (je ferais remarquer que sans libre arbitre, la politique n’a pas d’objet, un peu fâcheux quand on prétend changer le monde, non? )

      Je trouve qu’Usul caricature quand même la pensée des sociologues dans un même moule explicatif (un peu monocausal) justement alors qu’il y avait des nuances dans leurs propos, et qu’ils étaient loin d’être tous d’accord.

      • bilo dimanche - 07 / 02 / 2016 Répondre

        J’ai quelques points de désaccords avec ce que je viens de lire. Pour ma part, j’ai un petit peu travaillé sur la sociologie des sciences et je me suis en particulier intéressé sur l’un de ses derniers (2002) ouvrages, « Sciences de le science et réflexivité » donc la grande majorité des références que j’ai viennent de là.
        Ceci dit, une première chose importante à souligner, c’est que en science en général et en particulier en sciences humaines et sociales, le libre arbitre n’existe pas. C’est un concept fondamentalement antiscientifique car il n’est pas causal, il n’a pas de principe, c’est une singularité, bref c’est un concept qu’on ne peut pas penser en science (qui cherche à établir des principes, des liens de causes à effets).
        Pour ce qui est de Bourdieu, on peut citer comme concepts et modèles généraux, le champ, l’habitus, la violence et capital symbolique. Pour faire court, si on prend un champ comme le champ scientifique, il est ce que Bourdieu appelle un champ de production restreint, i.e. un espace social limité (et possédant un degré d’autonomie) dans lequel les producteurs (de contenus scientifiques) ont comme clients leurs propres concurrents (les autres chercheurs). L’originalité de son modèle est de mettre en évidence que les choix, stratégies (qu’il appelle prise de décision) font la jonction entre la position occupée (doctorants, post-doc, professeur, courants, écoles; d’un points de vue du capital scientifique et politique dans le champ) par l’individu en question et ses dispositions (age, genre, origine social, nationalité et formation scolaire (lié dans le cas du champ scientifique, et « trajectoire » individuel). Ses prises de positions sont politiques et scientifiques conjointement, car elles conduisent à conserver ou transformer les rapports de force entre les positions sociales des individus (courant porteur donc augmentant mon capital à la vue des rapports de force ou révolutionnaire en changeant les rapports de force pour qu’ils soient plus a mon avantage, i.e. satisfaisant a mon habitus, c’est à dire a mes dispositions « La recherche fondamental est plus noble que la recherche appliquée » ) et scientifiques (telle voie a plus d’avenir ou me semble plus correct donc je vais le mettre en avant, la défendre, la critiquer, … en fonction que je suis plus matheux, plus révolutionnaire, etc. ). Ces deux aspects rétroagissent en permanence l’un sur l’autre et fait qu’il est impossible de les séparer.
        Ce qu’il critique chez « certains » matérialistes, par exemple parmi les plus marxistes, c’est de considérer que les stratégies employées sont uniquement fonction de contraintes sociales extérieures (politique, état de rapports de force dans la lutte des classes, etc.) et que donc les luttes internes sont de simples décalques de ses contraintes.
        Un aspect sur lequel je ne me suis pas attardé mais qui est central la dedans, est que c’est l’autonomie (relative et notamment conquise ou a conquérir fonction des champs) du champ scientifique qui permet que la lutte interne soit selon des logiques qui lui sont propres, i.e. principalement scientifiques pour le champ scientifique. On ne peut pas discréditer quelqu’un parce qu’il est de gauche ou de droite en physique, ou croyant, ou bourgeois, ou provenant de classe populaire (on le peut d’une certaine facon en socio).
        Ce sont pour lui les conditions pour que la physique fassent des vérités qui marchent bien ( transhistoriques ).

        Donc si je m’en tiens a ce que je sais du bonhomme, il y a bien des modèles généraux; d’ailleurs ils se les appliquent à lui même dans son ouvrage (passage très intéressant ou il revient sur son parcours en expliquant qu’est ce qui la déterminé à prendre telle décision à tel moment de sa vie sans que lui en soit forcément conscient).
        Il faut donc rejeter le libre arbitre autant qu’on peut quand on essaye d’analyser scientifiquement un sujet et quand on sait pas, ben on sait pas et on comprends après.

        Je ne comprends vraiment pas ta partie sur la politique, on peut très bien sans présupposer d’un quelconque libre arbitre que l’état des connaissances a un moment donné ne nous permet pas de prendre une décision politique (elle ne le fait d’ailleurs jamais, la seule chose qu’elle donne c’est beaucoup de bonnes raisons de penser qu’on a raison). Une réponse possible est toujours « je suis l’envoyé de Dieu, il l’a créé à l’instant pour faire croire a vos lois mais seul moi a la vérité » c’est un argument tout a fait recevable en politique à partir du moment ou c’est une position légitime (au sens de autorisé et avec autorité). Donc j’aimerais bien que tu en dises sur ce que tu voulais dire par là.

        • MattBab lundi - 08 / 02 / 2016 Répondre

          « Ceci dit, une première chose importante à souligner, c’est que en science en général et en particulier en sciences humaines et sociales, le libre arbitre n’existe pas. C’est un concept fondamentalement antiscientifique car il n’est pas causal »

          Evidemment, tu t’en doutes, je récuse absolument ce point. C’est probablement parce que nous n’avons pas la même définition de la science, qui est selon moi une méthode de prise de connaissance, qui se fonde sur l’empirisme. De là aucune contradiction avec l’existence d’un libre arbitre (ce terme est évidemment très connoté religieusement, mais ce n’est pas mon intention, je réfère liberté de choix ou autre périphrase, mais il a le mérite de la clarté). La cause est alors un principe fondamental d’explication, c’est ce que cherche le scientifique, mais ce n’est pas ce qui fait de lui un scientifique.

          J’ajouterais que le principe d’incertitude, en physique fondamentale, nous enseigne qu’une particule (comme un électron), dans certaines conditions, quand bien même on aurait toutes les informations les plus précises, aurait un comportement totalement imprévisible, ce qui met sérieusement en péril l’idée même d’un déterminisme absolu.

          C’est en fait une question métaphysique, à laquelle on ne peut pas répondre définitivement faute de preuve définitive, mais pour laquelle il existe beaucoup d’indices empiriques en faveur d’une certaine liberté de choix (évidemment pas une liberté absolue non plus), mais cela semble être contredit par la rigueur de l’esprit théorique: j’accorde pour ma part une plus grande importance à l’observation qu’à ce dernier.

          Quant à la politique, je ne suis pas sûr moi même d’avoir compris ce que tu as voulu dire? Pour expliciter de mon côté, je parle de « politique » au sens ancien, c’est à dire l’organisation de la cité. C’est fondamentalement un mode de prise de décision: à partir de là supposer sa pertinence suppose une certaine liberté, sinon on en aurait pas besoin il suffirait de suivre les événements déterminés, on se contenterait de vivre sous les anciennes formes de pouvoir. Pourquoi les remettre en cause, si elles sont déterminées? Fondamentalement le désir de révolution, de changement politique, résulte de l’espoir que les décisions humaines pèseront sur le cours des événements. Si l’on estime que tout est déterminé, comment ne pas penser que tout cela est vain? Il y a une réelle contradiction. C’est Hannah Arendt qui a bien posé le problème dans « La crise de la culture » (« Qu’est ce que la liberté? »).

          • Tunkasina lundi - 08 / 02 / 2016

            J’ai pour ma part l’intime conviction que si deux individus au bagage génétique différent mais aux capacités physique et mentale similaire suivent exactement le même parcours de vie (identique à la seconde), alors ils auront les même réactions et actions aux même moments…

            De plus, je pense que la conscience est la résultante du stockage des expériences dans notre cerveau, car la formulation même de la pensée s’effectue par les mécanismes (langage, conception du monde … ) qui nous viennent de l’éducation.

            Enfin, j’ajouterais que ce qui fera différer les réactions d’un individu à l’autre dans un parcours similaire, sont essentiellement de l’ordre de la capacité physique et mentale, et non du libre arbitre.

            Forcément, ce que je dis là est fortement résumé…
            Mais à mon avis, le « libre arbitre » est un leurre psychologique induit par le cerveau pour éviter la désespérance et la dépression – car le fait de savoir que nos actions ne sont pas issues de notre volonté mais de l’inéluctabilité de la somme des contexte, est une très grande source de dépression.

            Cordialement 😀

          • Nouplifo lundi - 08 / 02 / 2016

            C’est dommage qu’on en viennent à parler uniquement de sociologie, mais bon, puisque je bosse dans un labo de ladite science sociale, je peux vous assurer qu’on est bien loin de ses réflexions sur déterminisme VS libre-arbitre.
            De plus avec une formation à la base d’anthropologie, j’ai vite admis que le « libre-arbitre » était une construction culturelle absente, ou pensée de manière très diverses selon les cultures. Invoquer le libre-arbitre est donc un procédé fortement culturel, et donc déterminé.

            Surtout, avant de faire de la théorie de de verser dans l’abstraction, on passe surtout beaucoup de temps sur le terrain à réunir des données (monographie, statistique,…). Après chacun a choisi sa méthode : certain dévoileront des déterminismes plus ou moins forts, d’autres mettrons en lumière les stratégies, les rationalités, les manière de faire actions collectives…
            On cherche pas a trancher, c’est surtout une question de postulat lié à la méthode. Par exemple, l’ethnographie est moins utile pour saisir les déterminismes que l’analyse statistique. Inversement pour analyser les procédés de construction de sens collectif.
            Et bien qu’on est plein de désaccord, on accepte que chacun participe de la sociologie.

          • MattBab lundi - 08 / 02 / 2016

            @ Nouplifo

            « je peux vous assurer qu’on est bien loin de ses réflexions sur déterminisme VS libre-arbitre. »

            Mais je ne dis pas le contraire en fait! Je ne met pas non plus en cause la sociologie ou les sciences sociales, bien au contraire, j’ai moi même une formation d’historien. Ce que j’essaye de dire c’est que la sociologie, ou même la science au sens large, ne permet pas de trancher sur la question de la liberté d’action, et que mettre à jour des déterminismes ne veut pas dire que l’on nie une forme de liberté d’action individuelle. Soit parce que le déterminisme forme le cadre où la liberté de l’individu peut s’exercer (comme si, pour reprendre une métaphore structuraliste, il était limité par une « grammaire » sociale, mais qu’avec cette grammaire il pouvait s’exprimer de différentes façons), soit parce qu’il est probabiliste.

          • Nouplifo mardi - 09 / 02 / 2016

            Pas de soucis Mattbae, et en effet travailler sur les structures et les déterminisme n’implique pas de nier totalement les marges d’action ; tout comme bosser sur les activités et les rationalités des acteurs n’impliquent pas de nier que ces pratiques s’inscrivent dans tout un réseau de contraintes plus ou moins conscientes.
            Perso, sans être dans un courant déterministe je vois bien les contraintes qui pèsent sur les acteurs sociaux. Elles sont d’un autre ordre, chacun son objet d’étude.

            Mais, et je rabâche, mai 68 a autant été un moment de critique des rapports de domination qu’un ensemble d’expérience d’émancipation. Et sur ce deuxième plan, Bourdieu n’a rien d’autre à proposer que d’écouter les sociologues révéler aux masses les illusions qui lui font adhérer à l’ordre social. Chez lui l’émancipation des dominés par eux-mêmes est difficilement pensable.
            Or cette dimension était fortement présente dans la pensée et les pratiques gravitant autour mai 68.

    • Bento mardi - 16 / 02 / 2016 Répondre

      En fait, le libre arbitre n’est qu’une illusion mais, dans ce grand théâtre, nous préservons tout de même la liberté la plus précieuse : celle de savoir que nous ne l’avons pas. Un peu comme l’exception qui confirme la règle. Elle se nomme : Humilité.

  6. manjaman dimanche - 07 / 02 / 2016 Répondre

    Merci Usul !
    Super boulot, comme d’habitude.
    Sur le même sujet, il y a une super émission de @rrêt sur images :
    http://www.arretsurimages.net/emissions/2016-01-15/Les-terroristes-se-retrouveraient-totalement-dans-le-discours-de-Valls-id8381

    Un certain nombre des critiques exprimées à l’encontre de cette vidéo (regroupement de pensées plurielles comme un tout solidaire, simplifications ou inexactitudes à propos de certaines pensées) viennent finalement souligner un problème de format : on ne peut pas dire grand chose en une demie-heure, ou alors il faut brosser large, schématiser pour arriver à dire « l’essentiel ». En l’occurence je trouve que Mes chers Contemporains s’en tire bien, et j’ai tendance à prendre l’émission comme une invitation à aller lire et étudier, plutôt que comme un outil critique clés en main (si je peux me permettre, si certains montages sonores/vidéos un peu gratuits et pas hyper réussis étaient expurgés de l’émission, ça ferait un peu plus de place pour approfondir, mais bon, je ne sais pas à quel point ils sont chers à l’auteur ou font partie de sa ligne éditoriale).
    Je ne peux pas m’empêcher de faire une petite rectification sur Surveiller et Punir, puisque c’est ma lecture du moment : il ne s’agit pas vraiment d’une critique des prisons, mais d’une analyse historique et sociologique de l’émergence des sociétés disciplinaires, dont le pouvoir s’articule effectivement dans les institutions comme la prison, l’école, les hôpitaux (etc.), mais aussi à travers tout le corps social.

    Merci encore Usul, des bisous à tous !

  7. Nephitos lundi - 08 / 02 / 2016 Répondre

    Très très intéressant, comme toujours !

    Je suis assez rassuré d’entendre cette parole et ces réactions, que je ne retrouve presque nul part ailleurs. « Expliquer, c’est excuser », en particulier, m’a particulièrement fait hurler et en l’absence de critique, m’a rendu sincèrement triste.

    Je ne sais pas si « nous » avons raison d’être révoltés par certaines choses que nous voyons et que nous entendons, mais cette absence de questionnement me dit que ton travail mérite d’être reconnu.

    Merci, bisou

  8. Planchet 2.0 mardi - 09 / 02 / 2016 Répondre

    « s’est fait avoir » pas « s’est faite avoir »; c’est quand t’as un infinitif ou le pronom « en ». c’est un peu bâtard comme règle, mais c’est un coup à prendre <@:D . Beaucoup de journaliste font l'erreur et vu que je sais que t'as au fond de toi Usul, des ambitions journalistiques …(TROLL)

    Et pour ceux qui veulent, j'ai dégoté le liens des schéma sociologiques :
    http://classiques.uqac.ca/contemporains/jodelet_denise/folies_representations_soc/folies_representations_soc.pdf

    sinon, excellent, comme d'hab & welcome back

    • Kitsune-Dono mercredi - 10 / 02 / 2016 Répondre

      Merci le Troll pour l’article 😀 Un peu long pour un schéma mais ça fera l’affaire pour les longues nuits d’hiver à venir, puis mieux vaut une lecture en plus qu’une en moins 😉

  9. Planchet 2.0 mardi - 09 / 02 / 2016 Répondre

    ps: à la fin j’ai cru voir Sartre aux côtés de Foucault.
    Je sais qu’à la fin de sa vie, mon petit lutin préféré à revu ses positions quant à sa ferveur de ses premiers écrits mais quand même?
    Quelqu’un peut me dire si Sartre était in fine copain avec les structuralistes?
    ce serait cool, ca m’intrigue^^

    • Planchet 2.0 mardi - 09 / 02 / 2016 Répondre

      *

  10. e483 mercredi - 10 / 02 / 2016 Répondre

    Que je sois ou non d’accord sur certains points (selon les vidéos), merci simplement. Quelque part tes vidéos participent à « ma remise en question permanente ».

  11. Hanksious vendredi - 12 / 02 / 2016 Répondre

    Les commentaires sont bien plus intéressants ici que sur youtube, c’est très intéressant ce que tu dis #Nouplifo
    « j’ai vite admis que le « libre-arbitre » était une construction culturelle absente, ou pensée de manière très diverses selon les cultures. Invoquer le libre-arbitre est donc un procédé fortement culturel, et donc déterminé. « 

  12. Alex dimanche - 14 / 02 / 2016 Répondre

    Je trouve dommage que le fond de ta pensée, qu’on devine assez aisément, ne soit pas plus nuancé.
    Tu soulèves des points très intéressants ce qui me pousse à remettre en question mes idées et est donc une bonne chose, néanmoins certains arguments que tu réprouves, comme la trop grande tolérance de la gauche en l’égard des immigrés, possèdent leur part de vérité qu’il convient d’accepter (les années Mitterrand ont été assez terribles à cet égard et ont provoqués de gros effets pervers)
    La ligne à suivre est difficile, d’un côté il y à le fossé des « bien pensants » et de l’autre les « réacs », et tomber dans l’un ou dans l’autre est un écueil. Attention à ne pas trop pencher dans le premier. On ne peut pas totalement dédouaner quelqu’un de ses actes, même si la société/la culture/la religion l’influencent.

Ajouter un commentaire

*

(option accessible aux utilisateurs enregistrés)