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Voyage à Sigulda

Voyage à Sigulda

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Sigulda est une petite bourgade merveilleuse. Située à une cinquantaine de kilomètres de Riga, capitale lettone, la bougresse peut bomber le torse. Elle a de l’Histoire, pardi : les ruines de son fort du XIIIe. Le palais du prince Kropotkine. La grotte Gutmanis. Le château de Turaida. Son parc naturel. Son poulet fumé.

Mais je sais, chers nesblogeurs, que pour attirer vos jarrets bedonnants en terres baltes, il en faudra plus. La vieille pierre, ici, on s’en balance gaiement. Je vous sais pustuleux et prédisposés aux hémorroïdes. Notre granit, c’est du circuit imprimé. Le voyage à Sigulda en vaut la chandelle pour son musée du micro-ordinateur soviétique, ouvert sur rendez-vous. Cet espace est le fruit d’une initiative personnelle, celle de celui qui répond au malicieux sobriquet de MaiklsBlack. Ce vieux poupon a accumulé une collection de plus de 250 babasses, pratiquement toutes opérationnelles.

Le musée n’est pas un vulgaire cimetière de frigos jaunis : outre les moniteurs, unités centrales et claviers, on y expose des composants nus, individuels. Des câbles, périphériques, témoignages rugueux d’un temps où Patrick Sébastien n’existait pas médiatiquement parlant. A l’instar du musée non officiel de l’animation soviétique à Moscou – tenu par un ancien des studios Soyouzmoultfilm, le musée letton est dirigé par un véritable passionné, une encyclopédie amoureuse de l’informatique soviétique. Maikls organise parfois des expositions sur un thème précis, comme par exemple les disques durs d’URSS. Certains engins ont été récupérés dans des décharges, d’autres viennent de particuliers. Le pépé récupère les orphelins, et les bichonne. Un asile pour antiquités informatiques, en somme.

Je trouvais intéressant de vous traduire les quelques mots du créateur du musée, tant les initiatives de sauvegarde du patrimoine informatique se font encore timides dans les anciennes Républiques Soviétiques. C’est aussi un témoignage précieux sur une époque et une culture informatique qui nous sont bien souvent étrangères.

 

M

MaiklsBlack chez lui, dans son musée

Là où tout a commencé.
C’est aujourd’hui encore difficile à dire. C’était peut-être il y a fort longtemps, à la fin des années cinquante, quand j’ai commencé apprendre et à construire ma première détection radio. Il est possible qu’aujourd’hui les jeunes n’aient pas connaissance de ces choses-là. Il était nécessaire de chercher le point désiré manuellement à l’aide d’une aiguille et pendant longtemps, dans un cristal de fabrication artisanale, pour que le récepteur fonctionne. Vous pouvez imaginer la grande joie que c’était d’écouter n’importe quelle station. Avoir un récepteur à cette époque, c’était rare. Puis il y a eu les premiers récepteurs radio à tubes, et à transistors. Autre joie, dans les années 1970, quand j’ai construit mes premières consoles de salon pour téléviseurs, connectées à des orgues lumineux avec amplificateurs intégrés (vous pouvez les voir au musée).

Ou peut-être que tout a commencé avec mon premier ordinateur, le Gulip 286 en 1986, lorsque assis au beau milieu de la nuit, j’ai commencé à apprendre les rudiments de l’informatique. C’était une machine très intimidante, qui coûtait à l’époque quelques milliers de roubles. La première fois que l’ordinateur a vu son système se bloquer, c’était particulièrement effrayant. J’ai travaillé jusqu’au petit matin pour comprendre ce qu’il s’était passé. Maintenant cette machine occupe dans mon musée une place d’honneur.

Beaucoup, beaucoup d’eau a coulé depuis. Des ordinateurs anciens sont arrivés chez moi. Au départ ce ne fut qu’un seul. Puis trois. Puis cinq. Je ne les ai pas jetés. Alors je les ai regroupés dans des bacs, et la poussière s’est déposée. Et l’idée d’en faire un musée a fait plus d’un tour dans ma tête il y a plus de cinq ans. Ma femme rouspétait. Elle ne voulait pas que je conserve ce qu’elle appelait « le fourbi ». Mais j’ai tenu. Peut-être que l’idée du musée était tout le temps là, dans mon inconscient. Finalement, j’ai pris les choses en mains, quand trois vieux ordinateurs me sont tombés dessus un peu subitement. Et voilà comment ce musée a vu le jour.

Pour le moment, il y a déjà plus de 200 machines restaurées et en état de marche. Le musée possède plus de 260 différents vieux ordinateurs de plus de 50 fabricants, de nombreuses manettes différentes, cartes son, vidéo et réseau, disques durs et lecteurs de disquettes. Beaucoup de ce qui est associé à l’histoire de l’informatique, et pas seulement. Il y a des expositions sur les radios, télévisions, amplificateurs, magnétophones, téléphones, télécopieurs, machines à écrire électroniques, appareils photo et plus encore. Au départ il n’y avait que des ordinateurs, progressivement des personnes sont venus chez moi avec d’anciens appareils. Quand on me donne avec un tel cœur, eh bien, je ne jette pas. Et maintenant le musée vous propose un panel de créatures bien distinctes.

Sincèrement,

MaiklsBlack

Vous pourrez retrouver le site du musée sur ru.pc-history.com. A ne pas confondre avec pchistory.ru, un site d’escorte à domicile de qualité.

 
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Commentaires (6)

  1. Hibern lundi - 05 / 01 / 2015 Répondre

    Sachant que je suis en vacances en Lettonie et aujourd’hui même dans un hôtel à Sigulda et que par hasard je regarde le NesBlog, il y a combien de chance que je finisse là-bas demain? 😀

  2. Jean Bon lundi - 05 / 01 / 2015 Répondre

    « pour attirer vos jarrets bedonnants en terres baltes, il en faudra plus »

    Kropotkine c’est déjà pas mal comme accroche.

    • Piou mardi - 06 / 01 / 2015 Répondre

      Je me suis toujours dit que Nesblog, c’était aussi un public de qualité (d’ailleurs le réduire à sa qualité de prince, à n’en pas douter que ça n’aurait pas plu au sieur :D).

  3. alucardo lundi - 05 / 01 / 2015 Répondre

    Super témoignage, merci 🙂

  4. ToTo mercredi - 07 / 01 / 2015 Répondre

    Whaaaat the … ? Un sympathique fondu, et un bel article! Quoique une ou deux ptites photos en plus ça aurait été pas mal. Merci!

  5. Yatto lundi - 12 / 01 / 2015 Répondre

    Bel article, jolie écriture en plus, j’attendais tout au fond de moi un Retrograd depuis pas mal de temps ! Merci beaucoup !

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